Etapes
Le postulat
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Un postulant est quelqu’un qui demande à entrer dans l’Ordre du Carmel. Mais il ne peut le faire qu’en connaissance de cause. C’est pourquoi la communauté l’accepte en son sein et lui donne la possibilité de vivre la vie des frères à part entière dans son intégralité : participation à tous les offices de la vie quotidienne, présence au chœur pour la liturgie, participation aux réunions de communauté.

Toujours pour faciliter cette connaissance, des cours lui sont dispensés afin qu’il puisse avoir un contact avec l’enseignement des maîtres spirituels de l’Ordre, bien que cet aspect soit davantage développé au noviciat. Plus largement, il reçoit des cours de catéchèse fondamentale pour l’aider à resituer son expérience religieuse personnelle dans le cadre de la Révélation et de la vie de l’Église. Comme il chante l’office avec les frères, on lui proposera aussi un cours sur les psaumes et la liturgie des heures.

Régulièrement, dans une fréquence d’une fois par semaine, le père-maître lui commente le coutumier pour en expliciter le contenu. Cet exercice est destiné à préciser les modalités de vie et les enjeux de la formation. Il donne lieu à des échanges approfondis qui permettent d’apprécier l’esprit de jugement du candidat, de faire le point sur les valeurs qui l’animent. Ces rencontres avec le père-maître sont fondamentales pour faciliter le discernement. Elles constituent l’essentiel de la formation au postulat.

Enfin, l’immersion dans la vie de la communauté à part entière doit permettre de mieux évaluer l’équilibre psychoaffectif du jeune, s’il est épanoui, capable de vivre avec les autres, de façon autonome et engagée, s’il est heureux au Carmel. Elle permet également d’apprécier le degré d’enracinement du jeune dans une vie sacramentelle et une vie de prière.
Il n’est pas mauvais non plus que le postulant puisse avoir une activité apostolique. De la sorte, il aura une expérience complète de la vie du carme et la communauté pourra mesurer son zèle évangélique, son aptitude à servir le Royaume.
Au terme de cette étape qui dure un an, le postulant et la communauté doivent pouvoir dire si l’entrée dans l’Ordre est envisageable, s’il s’agit d’un projet réaliste et cohérent.
Le noviciat
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Le noviciat en tant que tel est l’entrée dans l’Ordre du Carmel. Il se caractérise extérieurement par la prise d’habit. Après une année de discernement, le jeune a postulé, il a fait sa demande de vivre au Carmel avec les frères et le père provincial l’a accepté. Il peut maintenant embrasser la vie consacrée, se revêtir du Christ en pratiquant les conseils évangéliques de chasteté, pauvreté et obéissance. Il n’en fait pas encore le vœu (ce sera pour la profession simple), mais il manifeste par sa démarche qu’il est déterminé à les exercer avec sérieux et application.

Pour l’aider à bien situer ce propos de vie, on lui dispense un enseignement sur ces trois vœux, sur la théologie de la vie religieuse. L’année de noviciat est une immersion dans la spiritualité de l’Ordre. Ce qui a été effleuré au postulat est désormais exploré avec profondeur. Le novice reçoit durant son temps de formation des cours sur la doctrine des saints tels que sainte Thérèse d’Avila, avec une étude toute particulière du chemin de perfection, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de Lisieux, bienheureuse Élisabeth de la Trinité. On n’oubliera pas non plus de proposer une méditation de la vie de la Vierge Marie et de saint Joseph qui sont tous deux des modèles à imiter. Un carme ambitionne par-dessus tout d’avoir un cœur configuré à ceux de Marie et Joseph, qui sont la route la plus excellente, la plus directe pour aller au Christ et s’identifier à lui. Enfin, c’est au noviciat que l’on explique et commente la Règle et les Constitutions de l’Ordre qui balisent le chemin, en définissent les contours.

Autre pôle essentiel de sa formation : l’oraison. Un carme est avant tout un homme d’oraison, quelqu’un qui a son centre et trouve son assiette existentielle dans la fréquentation amoureuse du Seigneur au cœur du silence, par la foi pure. Le noviciat se déploie dans un climat de recueillement, de paix intérieure, d’écoute attentive de la Parole du Seigneur. Cette vie d’oraison est inséparable de la vie liturgique, notamment de l’Eucharistie qui est communion au Christ présent et actuel. En effet, la prière du jeune novice prend sa source dans les sacrements qui sont le point de rencontre initial, le lieu à partir duquel Dieu descend pour se rendre accessible et féconder toute la vie intérieure.

Cela va de pair et dans un même mouvement avec la lecture de l’Écriture sainte qui est elle aussi une pierre de fondation pour l’expérience de Dieu. C’est en lisant les livres saints que le novice apprend à connaître Dieu en vérité, c’est-à-dire tel qu’il se révèle et veut être connu. Sans cette confrontation directe avec le mystère divin, avec la personne du Verbe exégète du Père, il se forgerait un dieu projection de son imaginaire, de ses sentiments, un dieu illusoire, un dieu idole.
Mais pour que toutes ces connaissances, provenant de l’Écriture, de la prière, des enseignements reçus ne restent pas à un niveau purement théorique et cérébral, le novice a sa communauté.

La vie fraternelle est pour lui le lieu concret à travers lequel il peut expérimenter la spiritualité qu’il assimile pas à pas. Elle est comme le test permanent de l’authenticité de sa démarche, de sa volonté de s’unir à Dieu. Le Seigneur n’est-il pas présent tout entier dans son Corps mystique qu’est l’Église ? Où peut-on mieux le glorifier et l’aimer qu’en ses frères humains ? Où peut-on mieux l’accueillir que dans l’acceptation de l’autre tel qu’il est, dans l’aptitude au partage et au dialogue ? À ce titre, les récréations et les sorties communautaires sont un lieu d’apprentissage privilégié de la vie carmélitaine, de la vie mystique. C’est au sein de sa famille religieuse, au cœur de sa communauté, par sa joie, sa bonne humeur, son sens de l’humour, sa serviabilité que le novice fait son miel spirituel, qu’il réalise sa synthèse de vie religieuse : relié aux hommes il se relie à Dieu.

Toujours dans ce même souci d’incarner les choses afin qu’elles ne se cantonnent pas dans le monde des idées, mais se traduisent dans la réalité de l’existence, on donnera au novice une connaissance de l’histoire de l’Ordre. Celle-ci doit lui permettre de découvrir comment le charisme a été vécu par ses pairs, au fil des ans et des siècles, comment il a été décliné, exprimé dans la vie de chacun, pour former un véritable héritage, une pure tradition.

Ce programme de formation a toute son importance car il jette les bases d’une vie religieuse. Celle-ci doit bien être initialisée, bien ancrée et affermie dès le départ, car les années qui suivront en dépendent. Les enjeux d’un noviciat sont tellement importants qu’au cours de cette période, à trois reprises, la communauté éducative réunie autour du père-maître, vote pour la prolongation ou l’arrêt de la formation.

Même si cela peut arriver, il est assez rare d’avoir à faire à des novices nonchalants, consommateurs et installés, car au terme du postulat, on aura sagement conseillé au candidat de prendre une autre orientation si tel était le cas. D’ordinaire les novices sont zélés et fervents, disposés à l’abnégation évangélique. Mais au risque de manquer de discrétion et de tempérance dans leurs pratiques de la vertu. En les appelant à la discrétion, ce n’est pas à la mollesse et à la timidité de l’engagement que le père-maître va les appeler, mais à grandir dans l’humilité, en ayant davantage le sens de leurs limites, de leurs imperfections, de tout ce qu’ils ont encore à apprendre, ainsi qu’à l’endurance, en sorte que leurs efforts de conversion s’inscrivent dans la durée et le long terme. C’est pour toute la vie qu’ils se préparent à la vie religieuse.
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